juin 06, 2021

Des petites bouteilles pleines d'amour

Des petites bouteilles pleines d'amour

Un jour, dit la légende, il y eut un immense incendie dans la forêt. Tous les animaux pétrifiés, observaient impuissants le désastre. Seul le petit colibri s’activait, allant chercher quelques gouttes avec son bec pour les jeter sur le feu. Après un moment le tatou, agacé par son agitation dérisoire, lui dit : « Colibri! Es-tu fou? Ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu !! »

Et le colibri lui répondit : « Je le sais, mais je fais ma part. »

 

Je profite de cet espace de prise de parole pour faire mon "statement" sur une question qui me touche personnellement et pour laquelle je souhaite faire un apport dans le débat public: l'achat local. 
Dans le monde des affaires, cette tendance est le nouveau mot d'ordre, et bien des consommateurs suivent le bal, mais peu de réflexion n'a été rapporté pour étayer la question.
L’achat local pourrait être une politique gouvernementale qui viserait à mettre les citoyens d’un pays à l’abri de dangers tels que nous avons connu dans la dernière année. En cas de catastrophe mondiale, est-ce que notre pays est équipé pour répondre aux besoins essentiels de notre population? La réponse a été non, et sur ces questions, il est clair qu’il est de la responsabilité de nos politiciens de s’assurer que tous les secteurs importants de l’approvisionnement soient couverts. J’espère qu’ils le font…
Au-delà de ça, si une telle politique était mise en place, elle pourrait limiter l’empreinte carbone de biens que nous consommons; et elle aurait pour effet de soutenir la structure économique de notre pays. Il n’y a aucun doute là-dessus. Mais il n’y a pas de politique en place : il n’y a qu’un mot d’ordre chaotique interprété différemment par chaque « consommateur ». C’est pour ça que je trouve important de lancer cette discussion (en souhaitant que ça se produise).
Cela dit, rappelons-nous que nous sommes responsables de cette économie mondialisée et que durant des décennies (sinon plus) nous avons convaincu nos cohabitants de cette planète de nous approvisionner en une multitude de produits et services. Eux-mêmes ont investis dans la production de divers produits et se sont commis pour le faire. Comment pouvons-nous leur tourner le dos au moment où ils en ont le plus besoin? De plus, comment pouvons-nous accepter de cesser de nous approvisionner auprès de milliers de petits producteurs dans le monde et en même temps accepter de continuer d’acheter les biens et services des monstres de notre économie comme Google, Netflix, Walmart, et ces immenses compagnies pharmaceutiques, etc.?
Les citoyens de notre pays qui souhaitent appuyer notre économie locale ne peuvent acheter que ce qui est disponible. Or c’est là que la responsabilité gouvernementale intervient : quel sont les produits que le Québec peut leur offrir?
Nous avons pu constater que les individus sont capables de faire des choix sensés dans les produits qu’on leur propose, et qu’ils le font grâce à des réflexions qui leur sont soumis. C’est là qu’une discussion publique a son utilité. Avons-nous du pouvoir sur ce qui est mis à notre disposition?  
Il y a tant de discussions que nous pourrions avoir sur ce sujet : à propos de ces entreprises québécoises qui appartiennent à des actifs étrangers; sur les regroupements d’actionnaires étrangers propriétaires de quasiment toutes les chaines de restaurants à restauration rapide qui ont toutes très bien fonctionné durant le confinement… et qui ont aussi reçu du financement public; sur les grands hôtels favorisés par le gouvernement fédéral pour le retour au pays des voyageurs canadiens; sur les Costco et Walmart demeurés ouverts pendant que les autres devaient fermer, etc. Il est clair que beaucoup d’entreprises d’ici ont souffert et que peu d’informations sont offertes pour soutenir la pensée des consommateurs sur ce sujet, mais permettez-moi d’y contribuer un peu sous un angle particulier : celui de la solidarité entre les peuples.
Nous sommes en train de traverser une pandémie, aussi il me semble qu’à cette catastrophe nous pourrions répondre avec une « pansolution »; et avec de la « pansolidarité ».
Pourquoi ne pas réfléchir à la mise en place d’une véritable politique d’achat local, imbriquée dans une vision solidaire avec le monde?
Nous avons souvent vu de loin apparaitre les horreurs de la mondialisation : abus et exploitation dans les usines textiles moyen-orientales; exploitation des enfants dans les plantations de cacao ou de café, etc. Maintenant nous avons aussi pu apercevoir le côté sombre de la mondialisation dans notre pays et particulièrement chez notre population la plus vulnérable : nos ainés. Tandis que la leçon est encore fraiche dans nos têtes, pourrions-nous en profiter et amorcer une véritable révolution pansolidaire?
Si ce « statement » vous semble être un genre de marqueting pour mes produits de vanille, au moins mon entreprise est cohérente avec cette pensée. D’ailleurs j’ajoute que ce modèle d’affaire aurait avantage à être reproduit, et voici pourquoi :
  • Dans une économie productive, les intermédiaires qui spéculent sur les biens sont des parasites qui ne produisent rien d’autre que l’appauvrissement des producteurs et soumettent volontairement les produits à des variations de marché pour obtenir une plus grosse marge de profit.
  • Dans une économie à circuit court, nous sommes en contact direct avec les producteurs pour mieux les soutenir, et pour nous assurer qualité et régularité. Si mon fournisseur d’Ouganda est terrassé par la Malaria et ne peut pas se rendre dans ses champs, que puis-je faire pour l’aider plutôt que d’acheter à son concurrent? Cette question ne se pose pas lorsqu’on achète à un collecteur local, à une agence, ou à un distributeur. L’Économie à circuit court, ce n’est pas nécessairement la distance parcourue par un produit, c’est surtout la distance entre le producteur et le consommateur, sans passer par la multitude d’intermédiaires. D’ailleurs, je serais curieuse de calculer l’empreinte carbone entre le producteur de Papouasie-Nouvelle-Guinée qui me vend sa vanille, versus un gros producteur de blé du Québec qui vends à la coop, qui vend à des transformateurs, qui vendent à des distributeurs, qui vendent à des épiciers….
  • Dans une économie solidaire, il est important de soutenir la structure de l’économie du pays exportateur et non de nous appliquer à la modeler selon notre vision nord-américano-centrée.
Voici quelques exemples :
      • En se retirant de l’Afrique, la France a pris ses précautions pour conserver ses privilèges sur les produits qui étaient réalisés dans les colonies. Aussi, la vanille est maintenant majoritairement achetée verte et non-transformée pour être transformée en Europe grâce à un procédé d’extraction exclusif dont les droits ont été octroyés par l’office européen des brevets à un groupe de pays et d’Entreprises Européennes l’année même de l’indépendance de Madagascar. Colibri Vanille refuse d’acheter la vanille verte et n’achète que la vanille patiemment transformée durant plusieurs mois dans le pays d’origine pour soutenir la structure de l’économie locale;
      • Notre cacao et notre vanille provenant du Costa Rica sont cultivés dans un pays social-démocrate détenant des standards de qualité de vie supérieurs à ici. En exigeant d’eux qu’ils nous fournissent des certifications biologiques ou de commerce équitable, on nie les efforts du gouvernement Costa Ricain à mettre en place des politiques écologiques et sociales fiables. Or, ce pays est le premier au monde à obtenir la note « carbo neutre » et à proposer cette certification à ses entreprises.  Ayons l’humilité de nous incliner devant un pays qui propose et met en place des politiques écologiques supérieures aux nôtres (et supérieures à tous les autres pays dans le monde, bien que la perfection n’existe pas). De même, pourquoi demander la certification « fair trade » à un pays plus « fair » que nous, qui exige le salaire minimum à tous les travailleurs, y compris aux travailleurs Vénézuéliens qui sont payés au même salaire que ses propres citoyens travailleurs agricoles, dites-moi?
De l’amour dans les petites bouteilles…
Bien sûr, la passion. L’amour. C’est bien vrai. Nous travaillons dans l’amour, la collégialité, la joie, le plaisir… depuis les producteurs dans le monde, à notre équipe de travail ici, et à nos ambassadeurs sur la route. Nous avons du fun avec tout nos collaborateurs. Si quelqu’un dans notre équipe (fournisseurs, travailleurs, vendeurs, etc.) n'a pas de fun, on se parle et on essaie de s’entre-aider, peu importe où il se trouve dans le monde… et on se fait plaisir!
Voici Joshuas Marmber, trésorier du groupe de fermiers de village de Mandi à Wewak, tout content de recevoir l’ordi qui les aidera à faire leurs factures et leurs travaux de bureau; et moi-même, touchée à l’os d’avoir reçu un sac (bilium) fabriqué à Mandi pour la fête des mères…
 
Les gousses de vanilles sont cultivées là-bas dans le plaisir et dans la confiance, ici elles sont transformées avec amour et respects, et toutes ces belles vibrations sont coulées dans les bouteilles avec leur saveur et leur parfum.
Bon été
Chantale

 

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